Contraception : la pilule n’a plus la cote auprès des Françaises

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 » Près d’une femme sur cinq a changé de méthode contraceptive depuis 2013  », selon un rapport de l’Inserm (Crédit photo : Google images)

Une enquête parue en mai 2014, menée par l’Ined et l’Inserm, dresse un constat sans appel : la pilule contraceptive n’a plus la cote auprès des femmes.

Une désaffection antérieure au scandale des pilules de dernière génération

Il y a un an et demi avait lieu le scandale lié aux pilules de 3e et de 4e génération, soupçonnées d’être à l’origine de thromboses veineuses. Selon le rapport de l’Ined, depuis ce scandale et le débat médiatique qui a suivi, « près d’une femme sur 5 a changé de méthode contraceptive ». Et, poursuit le rapport, « le recours à la pilule a baissé, passant de 50 % à 41 % entre 2010 et 2013. » « Néanmoins, la baisse du recours à la contraception orale avait déjà commencé dans les années 2000 » nuance Nathalie Bajos, chercheuse à l’Inserm et coauteure de l’étude. « Entre 2000 et 2010, le recours à la contraception orale a reculé de 14 points en France. Cette baisse est alors compensée par d’autres méthodes hormonales, telles le patch ou l’implant. En 2013, la controverse est simplement venue renforcer la tendance. »

Une reconfiguration du paysage contraceptif

Les pilules de dernière génération ont bien sûr pâti de la polémique. Elles ne représentent aujourd’hui que « 10 % des méthodes contraceptives utilisées, contre 19 % en 2010 » précise Nathalie Bajos. Le constat de l’Agence du médicament (ANSM), établi fin juin 2014, va dans le même sens : « les ventes de pilules contraceptives de 3e et de 4e génération ont chuté de 60 % suite au scandale » expliquait ainsi l’ANSM dans un point presse le 23 juin dernier. En parallèle, le report vers les pilules de 2e génération a été très faible (+ 1 point, d’après l’Ined : « 22 % d’utilisatrices de pilules de 2e génération en 2010 et 23 % en 2013 »). Cela confirme donc un réel désamour des femmes à l’égard d’une méthode contraceptive jugée contraignante. « Le débat autour des pilules les plus récentes a finalement achevé de ternir l’image de la pilule en général » analyse la chercheuse Nathalie Bajos. Et a contribué à reconfigurer le paysage contraceptif.

Des pratiques plus diversifiées

Ainsi, les femmes ont changé leurs pratiques, se tournant vers d’autres méthodes de contraception jugées sans risques pour la santé. En premier lieu, le stérilet, dont « les ventes ont bondi de 45 % depuis janvier 2013 » selon l’ANSM. L’utilisation du préservatif a aussi progressé, tout comme celle des méthodes dites « naturelles » (méthode Ogino, retrait). « Depuis janvier 2013, une hausse des ventes des autres contraceptifs s’est amorcée (+ 26 %) » a conclu l’Agence du médicament dans son point presse. Si la pilule reste néanmoins encore aujourd’hui la méthode de contraception privilégiée (environ 1 femme sur 2, entre 15 et 49 ans, l’utilise), « les pratiques contraceptives apparaissent désormais beaucoup plus diversifiées » décrypte Nathalie Bajos.

Dans ce constat, le point inquiétant est la hausse du recours aux méthodes « naturelles ». En juin 2014, un rapport de la Direction des études et statistiques du ministère de la santé (Drees) a ainsi déploré la hausse du nombre d’IVG en 2013 (alors que leur nombre était stable depuis 2006), pointant une augmentation de 4, 7 % par rapport à 2012 (soit 10 000 IVG de plus).

Article à retrouver aussi sur lepoint.fr

Pour en savoir plus :

– Le rapport  » La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ?  » est consultable sur le site de l’Ined.

– Lire ces témoignages de femmes qui ont renoncé à la pilule :  » Pourquoi j’ai dit non à la pilule  » (site de L’Express15 mai 2014)

Ces opérations de chirurgie esthétique du sein en partie remboursées…

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Au moins 10 % des femmes souffriraient de malformations du sein. Elles peuvent être corrigées grâce à une opération pouvant être en partie remboursée (Crédit photo : Google images)

Contrairement à la chirurgie réparatrice, les opérations esthétiques ne donnent pas lieu à remboursement. A 2 catégories d’exceptions près : si l’Assurance maladie reconnaît un risque pour la santé du patient ou un préjudice psychologique.

Chirurgie du sein : plusieurs actes sont remboursés, selon des critères précis

Asymétrie mammaire, hypotrophie, seins tubéreux, syndrome de Poland, mamelon(s) ombiliqué(s)… Ces malformations du sein toucheraient « au moins 10 % des femmes », selon le Dr Christelle Santini, chirurgien esthétique à Paris. Elles peuvent être corrigées grâce à une opération pouvant être en partie remboursée. Pourquoi ? « Parce que ce sont des malformations de naissance ou congénitales, difficilement vivables, qui entraînent souvent de lourds complexes. » Dans ces cas, l’Assurance maladie tient donc compte du critère du retentissement psychologique. Pour autant, la prise en charge n’est pas automatique : ces actes – d’ailleurs prévus et définis dans la CCAM (Classification commune des actes médicaux) – sont soumis à l’accord, au cas par cas, du médecin-conseil. Et celui-ci tient compte de données physiques bien précises. Pour l’asymétrie mammaire par exemple, « la prise en charge n’intervient que quand un sein est beaucoup plus développé que l’autre, de l’ordre d’un bonnet » précise le Dr Santini. Pour les seins tubéreux (seins ayant un aspect en forme de tube), « c’est lorsque la malformation est suffisamment importante pour entraîner des dommages psychologiques. » 

Mais la nomenclature de la Sécurité sociale révèle quelques bizarreries. Ainsi, pour les opérations sur les asymétries mammaires, la prise en charge n’intervient que sur un sein ! Soit le médecin-conseil accorde une réduction mammaire sur le sein le plus gros, soit il accorde la pose d’une prothèse sur le plus petit. Mais pour le chirurgien, obtenir une symétrie mammaire en intervenant que sur un seul sein est très compliqué.

Le deuxième critère dont tient compte l’Assurance maladie est le préjudice d’ordre médical. Par exemple, l’hypertrophie mammaire (une poitrine trop généreuse) peut entraîner des douleurs dorsales, des difficultés pour dormir sur le ventre, voire des mycoses au niveau des plis du sein. La réduction mammaire est donc prise en charge, toujours selon des critères précis : l’acte est remboursé que si le chirurgien doit retirer plus de 300 grammes de glande mammaire dans chaque sein (l’équivalent d’un ou de 2 bonnets).

Des actes à la frontière entre la chirurgie esthétique et réparatrice

A quelques grammes ou centimètres près, certaines femmes ne bénéficient donc d’aucune prise en charge ! « Mais c’est bien parce que ces actes se situent à la frontière entre la chirurgie esthétique et la chirurgie réparatrice que l’Assurance maladie a du instaurer des barèmes » estime le Dr Santini. Précisons aussi que c’est le praticien qui, à la première consultation, remplit le formulaire d’entente préalable, jugeant si la patiente remplit ou non les critères établis.

Du point de vue des femmes, au delà de l’aide financière apportée, cette prise en charge légitime aussi une souffrance personnelle. C’est la reconnaissance objective qu’il y a besoin de «  réparer », que l’opération ne relève pas du caprice. « Quand le médecin-conseil a reconnu que mes seins étaient tubéreux, j’ai pu dire a mon entourage que j’avais une malformation congénitale. Je me suis alors sentie en droit d’avoir une plastie mammaire, sans culpabiliser ! » témoigne Rachel, 26 ans.

Quelle prise en charge ?

Lorsque la demande d’entente préalable est acceptée, la prise en charge n’est bien sûr pas intégrale : les dépassements d’honoraires du chirurgien et ceux de l’anesthésiste ne sont pas remboursés. Seuls les frais d’hospitalisation et, le cas échéant, celui des implants mammaires le sont. Ensuite, la mutuelle du patient peut éventuellement prendre le relais, si son contrat le permet. A noter enfin : la prise en charge de l’Assurance maladie reste la même que l’on se fasse opérer à l’hôpital ou en clinique.

Article à lire aussi sur lepoint.fr

Le viol de guerre, une arme de destruction massive

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Avec 70 millions d’habitants et une guerre d’occupation sans fin qui dure depuis une quinzaine d’années, la République démocratique du Congo (RDC) détient un bien triste record. Chaque année, selon une étude américaine (2012), 400 000 femmes seraient violées sur l’ensemble du territoire (Crédit photo : Kate Geraghty).

Le 13 février 2014 s’est achevé, à Londres, le Sommet mondial contre les violences sexuelles en temps de guerre. Présidé par le chef de la diplomatie britannique William Hague et l’actrice Angelina Jolie*, envoyée spéciale du Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés, il a réuni des délégations de plus de cent pays (représentants gouvernementaux, ONG, religieux, experts militaires et juridiques, associations humanitaires et membres de la société civile). En plus des échanges officiels, le sommet a proposé un programme ouvert au public (ateliers, conférences, expositions, films) pour sensibiliser à un mal souvent dissimulé sous l’horreur de la guerre. Et pourtant… Les chiffres sont terribles. Dans un rapport rendu public fin avril dernier, l’ONU rappelait que le viol a été utilisé comme arme de guerre dans presque tous les conflits majeurs des dernières décennies.

Petit rappel historique (non exhaustif)

Au cours de la guerre civile espagnole, entre 1936 et 1939, la propagande fasciste a utilisé la radio de Séville pour inciter les milices franquistes au viol des républicaines et des femmes soupçonnées de soutenir les communistes. Quand les républicains gagnaient du terrain, les franquistes écrivaient sur les murs des villages qu’ils fuyaient : « Le village sera perdu mais vos femmes accoucheront de petits fascistes. » (voir à ce propos l’article de Yannick Ripa,  » Purifier et soumettre. La violence sexuelle contre les républicaines durant la guerre d’Espagne « , in Pandora, revue d’études hispaniques, numéro 5, 2005)

Pendant la guerre d’Algérie, l’armée française aurait, selon l’historienne Raphaëlle Branche, régulièrement utilisé le viol comme arme de guerre (voir l’article « Des viols pendant la guerre d’Algérie » , revue Vingtième Siècle, numéro 75, 2003)

Au début des années 1970, le Pakistan oriental, en lutte contre le Pakistan occidental, proclame son indépendance et devient le Bangladesh. S’ensuit une violente vague de répression. Environ 200 000 Bangladaises sont violées par l’armée pakistanaise, laquelle s’emploie à introduire en elles « de purs gènes musulmans » (car elles sont considérées comme à moitié hindoues).

De 1992 à 1996, lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine, environ 50 000 femmes sont victimes de viols en Croatie et en Bosnie. Les hauts responsables serbes font ouvrir des camps militaires, les « camps du viol », par où transitent des dizaines de milliers de femmes livrées aux soldats. Au Rwanda, durant le génocide de 1994, entre 250 000 et 500 000 femmes ont subi des viols. On pourrait aussi évoquer les violences sexuelles commises pendant les guerres civiles au Liberia (1990-1996) ou en Sierra Leone (1991-2002).

Plus récemment dans l’Histoire, le conflit en RDC (République démocratique du Congo) fait, depuis une quinzaine d’années, un nombre incalculable de victimes de violences sexuelles. Le viol y est pratiqué, en groupe et de manière planifiée, par presque tous les groupes armés (rebelles hutus, combattants maï-maï, soldats rwandais, insurgés du M23 et forces congolaises). En 2010, l’ONU surnomme même la RDC de  » Capitale mondiale du viol « .  » On viole collectivement, en public, pour démolir et pour terroriser. Des femmes, des petites filles et depuis peu des bébés  » écrivait en juillet 2013 la journaliste du Monde Annick Cojean, envoyée spéciale à Bukavu, dans l’est du Congo. L’ONG  » Human Rights Watch « , entre autres, dénonce l’insuffisance des efforts fournis pour traduire les responsables en justice. Aujourd’hui encore, on estime qu’une quarantaine de femmes et de filles sont violées chaque jour. Car la pratique s’est banalisée : selon l’ONG Oxfam, le viol est même devenu une  » norme  » pour de nombreux congolais qui ont grandi pendant la guerre.

On pourrait également évoquer les violences sexuelles commises pendant les révolutions du  » Printemps arabe « , en Lybie ou en Egypte. En Syrie, depuis le début du conflit il y a un peu plus de trois ans, l’armée de Bachar Al-Assad viole à tour de bras. Suite à des entretiens menés avec des Syriennes, la journaliste du Monde, Annick Cojean (toujours !) en donne des éléments probants. Et montre ainsi un visage méconnu du conflit.

Voir la vidéo Viols systématiques en Syrie : l’arme secrète… par lemondefr

Une arme de terreur mais aussi un outil de purification ethnique et de génocide

Utilisé par les tortionnaires pour soumettre leurs victimes, le viol est aussi, souvent, pratiqué pour  » purifier la race  » (exemples des franquistes pendant la guerre civile espagnole, des soldats de la Wehrmacht dans les pays slaves entre 1939 et 1945, des responsables serbes, etc.) En Colombie, en Birmanie, au Pérou, au Guatemala ou en Haïti, le viol a été (et est toujours) largement utilisé à des fins de répression politique. Dans des conflits comme en RDC ou en Syrie, le viol de guerre est surtout un formidable instrument de dislocation des communautés. Car le viol de masse attaque directement le tissu social en son coeur. Dans des cultures où la femme est la garante de l’honneur de sa famille, où la virginité avant le mariage est un pré-requis, où l’adultère de la femme est puni de mort, le viol engendre nécessairement une déstructuration de la famille.

De tout temps, le viol a été pratiqué comme arme de guerre. Avec son Histoire des Romains (livre I), Tite-Live est l’un des premiers auteurs à décrire des situations de violences sexuelles en temps de conflit. La pratique du viol comme arme de guerre est malheureusement loin de se tarir. Pendant trois jours, à Londres, les experts ont travaillé et débattu sur les solutions pratiques et concrètes qui doivent permettre non seulement de mettre un terme à ce fléau, mais aussi d’aider ceux et celles qui en ont été victimes à se relever et à retrouver une place dans la société. Il y a en effet urgence.

* En 2012, Angelina Jolie a signé, en tant que réalisatrice, Au pays du sang et du miel, un film émouvant sur les violences sexuelles systématiques perpétrées sur les femmes bosniaques pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine en 1995 :

Pour en savoir plus :

– Voir l’excellent reportage de Zoé Lamazou et de Sarah Leduc sur le viol en RDC :  » Congo, la paix violée «  (web-documentaire à voir sur France 24)

– Voir ce portrait de la juriste Céline Bardet, qui a passé une partie de sa carrière à traquer les violeurs de guerre : chronique Histoire d’une vie (France Info, 2 août 2014)

– Signez la pétition sur change.org :  » Stop au viol comme arme de guerre : Pour un Tribunal Pénal International pour la République Démocratique du Congo « 

Le Musée Curie fait la part belle aux femmes

Marie Curie (1867-1934) dans son laboratoire en 1912. Le Musée Curie lui rend actuellement hommage à travers une exposition de photos, qui met aussi en lumière ses  » héritières  » (Crédit photo : Google images).

L’Institut Curie a toujours su donner leur place aux femmes. A commencer par Marie Curie elle-même, qui dirigea l’Institut du Radium il y a un siècle. A l’occasion du centenaire de la naissance de cet institut, une exposition de photos nous fait découvrir 33 portraits de femmes qui ont œuvré contre le cancer depuis 1914. Inaugurée le 8 mars 2014 pour la Journée internationale de la femme, l’exposition se tient dans le petit jardin niché derrière le musée. Visite guidée.

Parmi ces 33 portraits, on trouve celui de Marie Curie bien sûr, mais aussi celui de sa fille Irène, moins connue du grand public. Physicienne et chimiste, elle a pourtant obtenu en 1935, avec son mari Frédéric Joliot, le prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité artificielle. En 1936, elle est nommée sous-secrétaire d’Etat à la Recherche scientifique dans le gouvernement du Front populaire. Avec Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg, elle fait ainsi partie des trois premières femmes à siéger dans un gouvernement français (1). A découvrir aussi : la figure de la scientifique Marguerite Perey, qui a découvert l’élément radioactif francium en 1939. C’est la première femme à entrer à l’Académie des Sciences comme membre correspondante en 1962.

En plus de portraits de  » femmes d’hier  » (15 en tout), l’exposition rend aussi hommage à 18 collaboratrices actuelles de l’Institut, dont Elizabeth Blackburn (Prix Nobel de médecine en 2009) et Anne-Catherine Gravigny, radiothérapeute. La place des femmes dans les sciences est donc bien mise à l’honneur dans cette (instructive) exposition. Et en la matière, l’Institut Curie n’a pas à rougir : il a toujours accueilli des femmes et près de 70 % de son personnel est aujourd’hui féminin. Sans nul doute un héritage de son histoire : dès son inauguration en 1914, il a été dirigé par une femme. Physicienne et chimiste polonaise, naturalisée française, Marie Curie obtînt, avec son mari Pierre, une moitié du prix Nobel de physique en 1903 pour leurs recherches sur les radiations. En 1911, elle reçût le prix Nobel de chimie pour ses recherches sur le polonium et le radium. C’est la seule femme à avoir été récompensée de deux prix Nobel. Quand elle prend la direction du laboratoire de l’Institut du radium en 1914, elle l’ouvre aux scientifiques femmes – qu’elle recrute sur les mêmes critères que leurs homologues masculins (les compétences !) – leur permettant ainsi d’affirmer leur place dans le monde des sciences et, par là, dans la société. L’Institut Curie ne pouvait donc pas, en 2014, ne pas rendre hommage à cette femme d’exception… comme à ses (multiples) héritières. Un rendez-vous scientifique, culturel et historique à ne pas manquer.

Exposition Les héritières de Marie Curie, jusqu’au 31 octobre 2014 au Musée Curie (1 rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris, 01. 56. 24. 55. 33 / entrée gratuite).

(1) Cette femme au destin hors du commun, éprise d’égalité et d’équité, est l’objet du dernier livre de Louis-Pascal Jacquemond : Irène Joliot-Curie (éditions Odile Jacob, janvier 2014).

Pour en savoir plus :

– Lire le livre Les femmes du laboratoire de Marie Curie de l’historienne Natalie Pigeard-Micault, qui a servi de base pour la partie historique de l’exposition (éditions Glyphe, 2013).

Violences sexuelles : Jean-Yves Le Drian s’attaque aux mâles de l’armée

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Le livre qui dénonce, avec de nombreux témoignages à l'appui, la loi du silence dans l'armée (éditions Causette - Les Arènes) Crédit photo : Google Images.

Le livre par lequel le scandale est arrivé (éditions Causette – Les Arènes) Crédit photo : Google Images.

Fin février dernier, la publication du livre des journalistes Leïla Minano et Julia Pascual, La Guerre invisible, Révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française (éditions Les Arènes et Causette), avait fait l’effet d’un pavé dans la mare. Et pour cause : l’ouvrage dénonçait, témoignages à l’appui, les violences sexuelles dans les régiments, forçant la hiérarchie à réagir et à mettre fin à la loi du silence. A peine le livre sorti en librairie, le Ministère de la défense annonçait avoir déclenché une enquête interne sur le sujet. Deux mois après, Jean-Yves Le Drian annonce une série de mesures pour accompagner les femmes victimes. Le plan d’action présenté le 15 avril 2014 vise  » à conforter la féminisation de nos forces et à lutter contre toutes formes de harcèlement, de discrimination et de violence faites aux femmes dans nos armées « , a-t-il expliqué. Promettant la  » tolérance zéro « .

Une cellule spécialisée et indépendante, baptisée Thémis, devrait être mise en place rapidement pour aider les victimes à s’exprimer et à lancer des procédures pour sanctionner leurs harceleurs. L’accent sera ensuite mis sur la prévention. Elle sera renforcée  » pour mieux gérer le cadre de la mixité  » dans les armées. Le ministre a également prôné  » une plus grande transparence, avec une remontée des faits et une analyse statistique annuelle, publique « . Car l’institution militaire ne dispose, de fait, d’aucun outil statistique pour mesurer le problème. Seuls 39 cas seraient recensés officiellement, parmi 196 000 militaires… 

Ensuite, la chaîne des sanctions à l’encontre des auteurs de violences et de harcèlement, qui peuvent aller de l’inscription au dossier à la radiation, sera par ailleurs  » clarifiée « . Une mesure qui semble indispensable, car jusqu’ici, c’est l’omerta qui semblait régner. Pour l’Adefdromil (l’association de défense des droits des militaires), le phénomène des violences sexuelles sur les femmes militaires est aujourd’hui largement étouffé.  » Dans l’armée, tout repose sur le chef, et l’on accepte pas de voix divergente « , expliquait le président de l’association, Jacques Bessy, à Libération le 12 mars dernier.  » Et dans l’écrasante majorité des cas, on choisit donc de muter la femme par qui le scandale est arrivé. » La mutation ou la mise au placard. Ce sont les sorts réservés à celles qui osent briser la loi du silence.  » Alors que l’armée française s’honore d’être l’une des plus féminisées d’Europe, avec 15 % d’engagées, elle continue néanmoins d’entretenir un silence épais au sujet des agressions sexuelles commises dans ses rangs « , analyse Leïla Minano.  » Ce silence est d’abord propre à l’institution elle-même, très hiérarchisée. Ensuite, joue un autre facteur : les femmes victimes s’autocensurent par peur de représailles. Et ces peurs sont fondées. «  (lire, dans Libération, le témoignage de « Léa », violée par son adjudant plusieurs fois : après s’être confiée à un médecin militaire, elle a été déclarée inapte puis radiée)

L’autre volet du projet de Le Drian vise à améliorer la promotion des femmes dans leurs carrières militaires. Par exemple, d’ici 2017, trois femmes officiers embarqueront pour la première fois dans un sous-marin nucléaire lanceur d’engins.  » Tout un symbole «  pour Jean-Yves Le Drian.

Enfin, et la mesure est de taille, le ministre a décidé de modifier le Code de la Défense qui régit la vie des militaires. Car le harcèlement sexuel n’y figure pas. De part cette absence de dispositions, les militaires sont la seule catégorie socioprofessionnelle à ne pas pouvoir se défendre aux Prud’Hommes ou devant le tribunal administratif en cas de harcèlement. Mais peut-être plus pour longtemps.

Pour en savoir plus :

– Une victime de harcèlement témoigne :

 

 » Il y a eu une enquête interne, mais les loups ne se mangent pas entre eux «  : lire le témoignage du capitaine Carole accordé à Libération (15 avril 2014)

 » Il y a une volonté de dissimulation «  : lire l’entretien réalisé avec les journalistes Leïla Minano et Julia Pascual (20 Minutes, 28 février 2014).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 % de salaire en moins : ce  » plafond de verre  » qui ne cède toujours pas

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Dans la sphère professionnelle, les femmes restent, à compétences égales, payées un quart de moins que les hommes  (crédit photo : Google images).

Dans la sphère professionnelle, les femmes restent, à compétences égales, payées un quart de moins que leurs homologues masculins (crédit photo : Google images).

Hier, le 8 mars 2014, avait lieu la  » Journée internationale des droits des femmes « . Droit indéfectible à l’IVG, parité, égalité salariale, fin des violences faites aux femmes… Les revendications étaient nombreuses au sein du défilé d’hier entre la place de la Bastille jusqu’aux grands boulevards, à Paris. Et pour cause : en France, en 2014, malgré les lois, discours et autres chartes, l’égalité entre hommes et femmes, si l’on regarde de près les chiffres, reste encore à conquérir dans de nombreux domaines.

Si l’on ne devait ne citer qu’un exemple, citons celui de l’inégalité salariale. Car le constat fait frémir : dans la 2ème économie européenne, le salaire des femmes reste aujourd’hui inférieur d’un quart à celui des hommes. Elles sont touchées par la précarité, le temps partiel et le chômage de manière beaucoup plus forte que les hommes. Leurs carrières sont plus souvent plafonnées, bloquées… ce qui se traduit par des retraites inférieures de 42 % (source : CGT).

Comment expliquer ces inégalités et cet écart de salaire persistant entre les sexes ? C’est tout l’objet de l’excellent livre Un quart en moins, écrit par l’économiste Rachel Silvera et paru jeudi 6 mars (aux éditions La Découverte). La grande originalité de cet ouvrage, c’est, d’abord, sa mise en perspective historique. Et on s’aperçoit que ce différentiel de salaires vient de loin. Au XIXesiècle, on considérait qu’il n’était pas vital pour une femme de travailler. Pouvant compter sur son mari, « Monsieur Gagnepain », celle-ci ne pouvait prétendre qu’à un « salaire d’appoint ». Et Rachel Silvera montre que, de manière insidieuse (et pernicieuse), ce modèle pèse encore aujourd’hui. Les salariées semblent piégées, entre « plancher collant » et « plafond de verre ».

Pourtant, ces dernières années, des femmes ont décidé de se battre pour obtenir gain de cause. Et c’est le deuxième intérêt de ce livre : l’auteure leur donne largement la parole. Parce qu’elles ont eu des enfants, sont passées à temps partiel, ou simplement parce qu’elles sont femmes, Maria, Flora et les autres n’ont eu aucune augmentation de salaire, ou très peu, au cours de leur carrière. Victimes de discrimination sexuelle, elles ont entamé un combat judiciaire pour obtenir réparation à travers un rappel de salaires et une requalification de leur statut professionnel. A travers ces parcours de vie, ce livre donne ainsi quelques clefs pour en finir avec des inégalités d’un autre âge. Au-delà, il plaide pour une autre façon d’évaluer les compétences, celles des femmes restant trop souvent perçues comme relevant de qualités « innées ».

Un quart en moins, des femmes se battent pour en finir avec les inégalités de salaires de Rachel Silvera (préface de Michelle Perrot, mars 2014, La Découverte)

Pour en savoir plus :

– Lire l’itw de Rachel Silvera sur le site de la CGT (  » Egalité hommes-femmes, il est urgent d’avancer !  » ) ou sur le site du Monde ( » La peur de la sanction est un axe de lutte fort pour l’égalité salariale hommes-femmes « )

– Réécouter l’entretien avec Annie Battle, ancienne journaliste aux Echos, aujourd’hui co-directrice de la collection « Egale à égale » aux éditions Belin (entretien du 9 mars 2014 sur France Infos). Elle vient d’écrire, dans cette collection, Les femmes valent-elles moins cher que les hommes ?

– Lire l’article de Elle : Ces femmes qui ont surmonté le plafond de verre (Julia Dion et Isabelle Duriez, 4 mars 2014)

Egalité hommes-femmes : l’heure de la parité aurait-elle (enfin) sonné ?

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Le projet de loi sur l'égalité hommes-femmes a été adopté par les députés le 28 janvier 2014.  Un texte qui n'est pas révolutionnaire, mais qui a l'immense mérite d'inscrire l'égalité entre les sexes dans la loi. Crédit photo : Google Images.

Le projet de loi sur l’égalité hommes-femmes a été adopté par les députés le 28 janvier 2014 (Crédit photo : Google Images).

Le texte sur l’égalité hommes-femmes était examiné depuis le 20 janvier à l’Assemblée nationale. Il a été adopté en première lecture par les députés le mardi 28 janvier (y compris ses dispositions confortant le droit à l’IVG). Le texte a recueilli 359 voix pour et seulement 24 contre (174 députés, en majorité de l’UMP, s’étant abstenus). Une bonne nouvelle dans un climat socio-politique nauséabond et réactionnaire… !

Mesure phare du projet de loi pour l’égalité hommes-femmes, la réforme du congé parental a été votée il y a une semaine. Le texte permet au deuxième parent de prendre six mois de congé parental. But : inciter les pères à s’en saisir (car ils ne sont actuellement que 4 % à le prendre). S’inspirant du modèle allemand, Najat Vallaud-Belkacem souhaite que « d’ici à 2017, il y ait 100 000 pères en congé parental. »

Le texte instaure aussi des obligations de parité dans un grand nombre de structures (collectivités territoriales, fédérations sportives, chambres de commerce, établissements culturels, médias audiovisuels…) Il met également sous condition la participation des entreprises aux marchés publics en cas de non-respect de la parité et entend réduire la précarité économique de certaines femmes.

Les dispositions confortant l’IVG ont été adoptées, et l’article supprimant la notion de  » détresse  » a été voté. Le texte prévoit ainsi qu’une femme puisse demander une IVG si elle « ne veut pas poursuivre une grossesse » et non plus parce que « son état [la] place dans une situation de détresse », comme le stipule la loi Veil de 1975. Une avancée fondamentale donc (et pas un simple détail de vocabulaire !)

Autre volet du texte : la lutte contre les impayés de pensions alimentaires, avec la création d’un dispositif de garantie publique contre ces impayés à partir de 2016. Dernier  » chantier  » prévu (et pas des moindres !) : la poursuite de la lutte contre les violences faites aux femmes avec – entre autres – le renforcement du dispositif d’ordonnance de protection, la généralisation du téléphone  » grand danger  » (en vigueur depuis le début du mois) et une meilleure formation des professionnels.

Peut-être plus anecdotique, mais nécessaire néanmoins en termes de lutte contre les dommages de l’hypersexualisation chez les jeunes filles : les concours de  » mini-miss  » seront interdits pour les moins de 13 ans et les organisateurs de concours pour les enfants de 13 à 16 ans devront obtenir une autorisation préalable.

Le Sénat devrait procéder à une deuxième lecture du projet de loi au printemps (il l’avait déjà adopté en septembre), après les municipales. Pour le collectif « Osez le féminisme ! »,  » ces mesures marquent un pas dans l’histoire des droits des femmes « , mais l’association regrette  » l’absence de réelles mesures contre la précarité qui se conjugue de plus en plus au féminin . » Pour Michelle Zancarini-Fournel, spécialiste de l’histoire des femmes et du genre (1), ce texte reprend et approfondit l’arsenal législatif préexistant, plus qu’il n’innove réellement (excepté sur la réforme du congé parental et sur la pénalisation des entreprises qui ne respectent pas la parité). Il n’en a pas moins le mérite de rappeler des principes fondamentaux dans une démocratie et une République. La vraie question étant : quand l’égalité en droit se transformera-t-elle en égalité de fait ?

(1) Elle a écrit, entre autres, le livre Histoire des femmes en France, XIXe-XXe siècle (Presses universitaires de Rennes, 2005).

Pour en savoir plus :

– Lire l’article du Monde du 21 janvier 2014 :  » Hommes-Femmes : une égalité encore inachevée « 

– Voir l’entretien accordé par Najat Vallaud-Belkacem à Virginie Herz sur France 24 (le 21 janvier 2014) :

Viol : un  » kit  » de prise en charge et de suivi pour améliorer  » l’après « 

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120 000 femmes sont violées chaque année en France. Seules 9 % des victimes portent plainte (crédit photo : Google images)

120 000 femmes sont violées chaque année en France. Seules 9 % des victimes portent plainte (crédit photo : Google images)

120 000 femmes sont victimes de viols chaque année en France, selon les associations. Sur ce nombre (effrayant) de victimes, seules… 9 % portent plainte, d’après le Collectif féministe contre le viol (CFCV). Les raisons de ce silence sont multiples. Parmi elles, il y a la complexité des procédures, les formalités éprouvantes pour les victimes. C’est à cela que veut remédier aujourd’hui Najat Vallaud-Belkacem. Meilleure prise en charge des victimes, meilleur suivi sur le long terme : tels sont les deux objectifs du plan de lutte contre les violences faites aux femmes, qui sera débattu à l’Assemblée le 20 janvier prochain (dans le cadre du projet de loi sur l’égalité hommes-femmes).

Pour faciliter les démarches des femmes victimes de viol, la ministre des droits des femmes a installé vendredi 10 janvier un groupe de travail, chargé de plancher sur la création d’un  » kit  » de prise en charge et de suivi des victimes. S’inspirant des modèles belges et new-yorkais, ce  » kit  » devrait être expérimenté d’ici quelques mois à Paris.

Ce kit d’urgence se matérialise par une boîte contenant, entre autres, un test anti-VIH, un traitement contraceptif, un appareil photo pour matérialiser les preuves et une liste d’adresses de médecins.  » On voit trop souvent arriver des femmes désorientées, sans information, et trop tardivement « , explique Caroline Rey-Salmon, coordinatrice des urgences médico-judiciaires (UMJ) de l’Hôtel-Dieu, à Paris. La création de cette boîte a donc plusieurs visées. Permettre à la femme violée d’être soignée rapidement (et que les  » preuves  » de son viol soient collectées au plus vite, un  » détail qui n’en est pas un  » dans ce type d’affaires). Elle a pour but aussi d’encourager la formation des professionnels.  » Il arrive encore souvent qu’une victime de viol se fasse soigner aux urgences gynécologiques et qu’elle reparte sans qu’on lui ait posé une seule question ! « , déplore Emmanuelle Piet, médecin et présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV). Ce kit permettrait in fine de faciliter le dialogue entre les différents interlocuteurs des victimes : policiers, urgentistes, médecins légistes des UMJ, Samu, pompiers, associations.

Nécessaire initiative donc. Il faut espérer maintenant que ce kit favorise réellement le dépôt de plaintes des victimes. Restera ensuite de nombreux chantiers à la ministre : simplifier le parcours des femmes violées dans les services médicaux et judiciaires et améliorer l’offre de soins post-traumatiques (des progrès qui ont été, en théorie, annoncés dans le 4ème plan de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes). Car, à l’heure actuelle, aucun suivi psychologique n’est proposé… alors que cela devrait être obligatoire (et remboursé par la Sécurité sociale) ! Aussi battante que soit la victime, en parler, extérioriser, faire un travail sur soi s’avère, à mon sens, indispensable (et le plus tôt possible). Un viol ne s’oublie pas et ne peut pas s’oublier. Le viol est un acte de destruction : il détruit, chez les victimes, une partie voire la totalité de leur être. Il serait donc temps, en 2013, d’accompagner réellement -et correctement- le parcours des femmes victimes, qui aujourd’hui encore relève du parcours du combattant. Rappelons qu’une femme est violée toutes les 7 minutes en France. C’est dire s’il est urgent d’agir.

Pour en savoir plus :

– Lire l’article du Monde sur le sujet ( » Un « kit d’urgence » et une prise en charge simplifiée des victimes de viol « , 11 janvier 2014)

Ces  » survivantes  » de l’anorexie et de la boulimie

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5 % des femmes âgées de 15 à 35 ans souffrirait d'anorexie et de boulimie. Des troubles du comportement alimentaires dont on peut, heureusement, guérir. Crédit photo : Google Images

5 % des femmes âgées de 15 à 35 ans souffriraient d’anorexie et de boulimie. Des troubles du comportement alimentaire dont on peut, heureusement, guérir.
Crédit photo : Google Images

Dans les médias, concernant l’anorexie ou la boulimie, on entend surtout s’exprimer les  » malades actives « . Pourtant, ces troubles du comportement alimentaire peuvent se surmonter. Un processus long et parfois douloureux.

« C’est long et difficile de s’en sortir, car la privation constante de nourriture devient, au fil du temps, une addiction. » Hélène Pennacchio, 50 ans, ex-anorexique, a fondé en 1999 l’association Autrement, qui accompagne les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA). Sa lutte a duré 12 ans. « C’est un combat qui se compte en années. » Angélique, 43 ans, ancienne anorexique-boulimique, a mis, elle, 23 ans à « voir le bout du tunnel ». Pour certaines, cela peut être beaucoup moins. On a peu de données chiffrées sur les TCA, encore moins sur les taux de guérison. Le Professeur Daniel Rigaud, président d’Autrement et médecin nutritionniste, estime que « 60 % des patientes atteintes d’anorexie mentale et de boulimie s’en sortent ». Ces chiffres (issus d’une étude menée sur 500 patientes qu’il suit depuis au moins 10 ans) ont le mérite de rappeler que, oui, les anorexiques et les boulimiques peuvent guérir.

 Sortir du déni

Première étape fondamentale : la prise de conscience. « L’anorexie est une maladie de l’adolescence. Elle apparaît souvent chez des jeunes filles modèles, perfectionnistes. Dans de nombreux cas, un drame personnel – ou vécu comme tel – a pu être l’élément déclencheur » explique le Dr Alain Meunier, psychiatre-psychanalyste (1). Pour autant, il est difficile d’identifier réellement des causes. « Je parle de facteurs favorisants » affirme aussi le Pr Rigaud. Hélène, dont l’anorexie est survenue à 16 ans, après un traumatisme sexuel, a mis des années à reconnaître sa pathologie : « J’étais en souffrance et, pour la maîtriser, j’ai commencé à restreindre ma nourriture. Pouvoir contrôler à ce point mon corps a provoqué chez moi un sentiment de toute puissance, à un moment où j’avais justement l’impression que tout m’échappait. » Cette période de « lune de miel », comme la nomme le Dr Meunier, peut être longue et retarder l’acceptation de la maladie. C’est là que se joue sans doute l’importance du « déclic », terme qui revient dans la bouche de nombreuses ex-malades. Pour Hélène, c’est le fait d’avoir revu son oncle, des années après son traumatisme : « J’ai enfin compris d’où me venait toute cette souffrance. » Pour d’autres, cela peut-être la phrase d’un proche qui va, à un moment donné, faire sens. Un événement positif peut jouer aussi. « C’est quand j’ai su que j’étais enceinte que le constat s’est imposé à moi : j’étais condamnée à guérir ! » confie Angélique, aujourd’hui mère de 3 enfants.

 Engager une thérapie et sortir du silence

 « Il faut un travail à 3 niveaux : une thérapie nutritionnelle avec une diététicienne ; une thérapie cognitivo-comportementale pour lutter contre les crises, vomissements ou compulsions, et une psychothérapie » préconise le Pr Rigaud. A La Note Bleue, l’association fondée par le Dr Meunier, un travail est mené aussi avec une psychomotricienne « pour faire retrouver à l’anorexique une image objective de son corps. » L’association organise également des « Journées thérapeutiques » pour enseigner des techniques mentales, comme la méditation intérieure ou l’auto-hypnose. « Celles-ci sont efficaces pour lutter contre l’envahissement des obsessions alimentaires » analyse le Dr Meunier. Pour Dominique Vignaud, présidente de l’association d’entraide Enfine, l’intérêt de ces prises en charge réside aussi dans le fait qu’elles « rompent l’isolement et libèrent la parole ».« J’ai réalisé que des symptômes que je vivais de façon honteuse, comme les vomissements, étaient en fait partagés par d’autres », témoigne Marie, 29 ans, ancienne anorexique-boulimique.

 Retrouver un rapport sain à l’aliment

Le premier signe d’un mieux-être est la reprise d’un poids normal. Mais là n’est pas l’essentiel. « L’important est de se réconcilier avec la nourriture, de manger sans que cela ne soit plus une angoisse » explique Hélène. Viennent alors la resocialisation, la capacité à refaire des projets de vie. L’apprentissage d’un nouveau lien amoureux est souvent une marche vers la guérison. « Être tombée amoureuse d’un garçon et retrouver de la confiance en moi m’a remise dans la vie » confie Marie. Pour Hélène, c’est d’être allée jusqu’au bout de sa psychothérapie qui lui a permis de se dire guérie : « J’ai travaillé de longues années sur la racine de mon mal et creusé d’autres zones d’ombre. Je suis immunisée aujourd’hui. »

Environ 5 % de la population féminine âgée de 15 à 35 ans souffriraient d’anorexie et de boulimie, selon l’association Autrement. C’est dire la nécessité pour les malades d’entrer dans un parcours de soins. Pour renouer avec l’appétit de la vie.

(1) Il a co-écrit, entre autres, L’anorexie, sortir du tunnel (La Martinière, 2003)

En savoir plus :

– 100 idées pour se sortir d’un trouble alimentaire du Pr Daniel Rigaud (éditions Tom Pousse, 2012)

– Article à lire aussi sur www.lepoint.fr 

Sexisme au travail : une réalité toujours très implantée

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Les femmes sont confrontées à des discriminations quotidiennes sur leur lieu de travail, selon une récente enquête. Une situation intenable. Crédit photo : Google Images

Les femmes sont confrontées à des discriminations quotidiennes sur leur lieu de travail, selon une récente enquête. Une situation intenable.
Crédit photo : Google Images

 » Ma cocotte « ,  » Ma poule « ,  » Miss « … Une femme sur deux a déjà été interpellée ainsi par l’un de ses collègues de travail. Rien de vraiment grave, pourrait-on penser. Soit. Mais ces expressions, inappropriées, sont symptomatiques d’un monde du travail où l’égalité hommes-femmes est loin d’être gagnée. Une enquête de l’institut de sondage LH2, réalisée pour le ministère des Droits des femmes et parue le 17 décembre 2013, montre en effet l’étendue des dégâts… et l’ampleur des progrès à accomplir.

Que dit cette enquête ?  8 femmes sur 10 ont été confrontées régulièrement à des comportements sexistes dans l’entreprise. Ainsi, 69 % des femmes interrogées se sont déjà entendu dire  » ne fais pas ta blonde « , 59 %  » elle est de mauvaise humeur, elle doit avoir ses règles « . Des petites phrases déplacées, des blagues de potaches dont on pourrait sourire… si nos carrières ne venaient pas se briser sur le fameux  » plafond de verre « . En effet, toujours selon la même étude, plus d’une femme sur deux estime ne pas avoir été promue, augmentée ou embauchée en raison de son sexe. Et, en toute logique, 9 femmes sondées sur 10 ont le sentiment qu’il est plus facile pour leurs homologues masculins de faire carrière. A contrario (et faudrait il s’en étonner ?)… seul un homme sur 7 partage ce sentiment !

Cette image machiste du monde de l’entreprise n’est bien sûr pas surprenante. Mais l’intérêt de cette étude réside dans le fait qu’elle met à jour un constat grave : le sexisme ordinaire a des conséquences néfastes. Plus de 9 femmes sur 10 estiment ainsi qu’il  » modifie le comportement des salariés  » et  » déstabilise celles qui le subissent « .

Comme dans la société toute entière, l’égalité hommes-femmes dans l’entreprise reste un combat de longue haleine. Rappelons qu’aujourd’hui en France, la rémunération annuelle brute moyenne des femmes est inférieure de 24 % à celle des hommes.

Pour en savoir plus sur cette enquête, lire l’excellent article d’Alexis Toulon sur le site d’Europe 1 : http://www.europe1.fr/France/Salut-poupee-ou-le-sexisme-ordinaire-au-travail-1745795/