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Affiche plaidant pour le droit des femmes à avorter, au moment de la loi Weil sur l'IVG (1974) Copyright : Google Images

Affiche plaidant pour le droit des femmes à avorter, au moment de la loi Weil sur l’IVG (1974). Un combat qui reste d’actualité…
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Le 17 janvier 1975, sous l’impulsion des milieux associatifs féministes et grâce à la ténacité de Simone Veil, l’IVG est dépénalisé et légalisé. 40 ans après, ce droit est-il aujourd’hui en danger ? Selon le rapport du Haut conseil à l’égalité femmes-hommes (HCEfh) remis le 7 novembre 2013 à Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, la réponse est oui. Le rapport plaide pour un meilleur accès à l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) en France, jugé « problématique » aujourd’hui, notamment en raison d’une baisse de l’offre de soins. Un constat inquiétant quand on sait qu’un tiers des femmes avorteront au moins une fois dans leur vie. Pourquoi l’avortement relève-t-il aujourd’hui, pour de plus en plus de femmes, d’un vrai parcours du combattant ? Eclairages.

130 établissements de santé pratiquant l’IVG ont fermé en dix ans en France

Si l’on ne prend que le cas parisien, les chiffres sont alarmants : depuis mai 2009, trois centres d’IVG ont fermé : à l’hôpital Jean-Rostand à Ivry-Sur-Seine, à Broussais dans le 14e arrondissement, et enfin à l’hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement. Actuellement, c’est le centre d’IVG de l’hôpital Saint-Antoine (12e) qui est menacé, tout comme celui de la maternité des Lilas (93). De fait, la seule structure qui offrira la possibilité de pratiquer une IVG aux femmes de l’Est Parisien sera l’hôpital Trousseau, qui devra les accueillir sans moyen supplémentaire. Il y a donc aujourd’hui une réelle dégradation de l’accueil hospitalier en matière d’IVG, conséquence du démantèlement de l’hôpital public depuis la loi « Hôpital, Santé, Territoires » de Roselyne Bachelot. Pourtant, en 2012, pendant la campagne présidentielle, François Hollande s’était engagé à ce que chaque hôpital accueille un centre d’IVG…

Un droit « toujours perçu comme à part« 

Chaque année, 220 000 femmes ont recours à l’avortement en France. Un acte loin d’être marginal.  » Pourtant, le droit à l’avortement est encore perçu comme à part « , déplore Danielle Bousquet, présidente du HCEfh, interrogée par une journaliste du Monde, le 7 novembre 2013.  » Nous voulons en faire un droit à part entière et un acte comme les autres. » C’est pour cela que, dans son rapport, le HCEfh recommande de supprimer la clause de conscience des médecins. Cette disposition leur permet de refuser une IVG au nom de leurs valeurs. Mais  » depuis 2001 et l’évolution de la loi augmentant le délai d’interruption de grossesse, beaucoup de médecins ont invoqué cette clause de conscience pour ne pas appliquer la loi  » regrette Marie-Laure Brival, gynécologue obstétricienne et chef de service à la maternité des Lilas.  » Historiquement, l’IVG a toujours été perçu comme une concession et non comme un droit à part entière «  analyse, de son coté, Françoise Laurant, présidente de la Commission  » Santé, droits sexuels et reproductifs  » du HCEfh.

Comment donc améliorer l’accès à l’IVG ?

Le HCEfh a formulé 34 recommandations liées au droit, à l’information, à l’offre de soin et à la gouvernance. En plus de supprimer la clause de conscience des médecins, il suggère d’abroger l’obligation de réflexion de sept jours prévue entre les deux consultations nécessaires avant une IVG ou de permettre l’avortement par aspiration sous anesthésie locale dans les centres de planification ou d’éducation familiale et les maisons médicales. Le rapport invite aussi à mettre en place un moratoire sur la fermeture des centres IVG, financer des recherches sur l’avortement ou créer un Plan national et un Observatoire national sexualité-contraception-IVG. Enfin, il demande la création d’un numéro national, anonyme et gratuit, pour aider les femmes qui souhaitent avorter dans leurs démarches, souvent complexes.

Il y a trois ans déjà, l’association « Osez le féminisme ! » s’inquiétait des entames faites dans un endroit qui semblait acquis. « Le tabou autour du droit à l’avortement n’est en réalité pas encore complètement tombé dans notre pays » déplorait Caroline De Haas dans une tribune parue dans L’Humanité du 23 janvier 2010.

Pour en savoir plus :

– Itw de Charlotte Soulary, militante d’ « Osez le féminisme ! », à l’occasion de la Journée mondiale de mobilisation pour le droit à un avortement légal et sûr (diffusé le 28 septembre 2013 sur TV5 Monde) :

– Quand les plateformes pro-vie investissent, sans dire leur nom, la Toile : http://cheekmagazine.fr/societe/comment-les-anti-avortement-trustent-le-web/

– Lire le témoignage éloquent d’Isabelle M. sur Rue89 :  » Mon IVG  » de confort  » ? J’en suis sortie choquée et humiliée. « 

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