Étiquettes

, , , ,

Les années se suivent, se ressemblent… et même empirent. Les chiffres des violences conjugales dans notre pays sont toujours aussi alarmants. En 2011, 148 femmes en sont mortes. En 2012, elles étaient… 178. La tâche est donc tellement immense que le Plan triennal de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes (2014-2016), présenté le 22 novembre 2013 par Najat Vallaud-Belkacem, ne révolutionnera sans doute pas la donne. C’est en substance l’avis des associations féministes qui travaillent au quotidien avec des femmes victimes. Pourtant, le gouvernement a mis les bouchées doubles : 66 millions d’euros (contre un budget de 31, 6 millions d’euros alloué au plan précédent).

Un plan qui prévoit de faciliter le dépôt de plainte et de renforcer les dispositifs d’accueil et de soins aux victimes

Le Plan prévoit d’abord de lutter contre la simple main courante, qui souvent entraîne peu de conséquences. Désormais, lorsque les violences seront avérées, les victimes devront déposer plainte. L’accompagnement des plaignantes dans les commissariats et les gendarmeries va être renforcé, avec davantage d’assistantes sociales (350 postes prévus en 2017). Le gouvernement s’engage également à garantir d’ici à 2017 la création de 1650 places d’hébergement d’urgence, sécurisées et adaptées à l’accueil de femmes accompagnées d’enfants. Le Plan prévoit aussi d’expérimenter dans plusieurs services d’accueil des urgences et à domicile un  » kit de constatation en urgence  » pour effectuer des prélèvements en cas de viol.

Autre mesure phare : le 3919, n° d’appel destiné aux femmes victimes de violences conjugales, sera désormais accessible 7 jours sur 7 et les effectifs des conseillers vont être augmentés. De plus, les téléphones portables d’urgence, distribués aux femmes en grand danger, vont passer de 30 exemplaires à un millier environ à partir du 1er janvier 2014. Enfin, plusieurs professions (travailleurs sociaux, juges, avocats, enseignants…) recevront des formations pour les aider à mieux détecter les violences faites aux femmes. Et pour sensibiliser le grand public, une campagne audiovisuelle intitulée « Contre les violences, libérons la parole » a été lancée :

(Source : Youtube)

Les associations féministes émettent certaines réserves

Si l’association Ni putes, ni soumises salue des mesures  » qui vont dans le bon sens « , elle demande  » un effort significatif   » sur l’accueil des victimes car la création des 1 650 places en hébergements d’urgence  » n’est absolument pas suffisante . » Il manque aussi sans doute des consultations gratuites auprès de psychologues, qui pourraient recueillir la parole des femmes victimes. Pour l’association Paroles de femmes,  » il y a un décalage entre les beaux discours et la réalité du terrain « . Olivia Cattan, présidente de l’association, déplore que le 115 (numéro d’hébergement d’urgence) et le 3919  » ne répondent jamais ou, quand c’est le cas, se révèlent inefficaces « . Pour interpeller Najat Vallaud-Belkacem sur ce point, l’association Paroles de femmes a réalisé un petit clip, diffusé sur internet depuis le 24 novembre :

(Source : http://www.parolesdefemmes.org/)

Si les violences conjugales ont un coût économique, estimé à 2,5 milliards d’euros par an (lié aux conséquences sur la santé, à l’intervention de la police, de la justice, aux aides sociales, etc.), il faut, surtout, ne pas perdre de vue le fait que ces violences brisent des vies : les vies des femmes victimes, mais aussi celles de leurs enfants, souvent placés (1). Et tuent : tous les 2 jours et demi, en France, une femme décède sous les coups de son conjoint.

(1)  » Les violences conjugales ne sont pas un conflit. Elles sont unilatérales, avec un seul auteur, et autant de victimes que de membres de la famille. Protéger les mères, c’est aussi protéger les enfants « , expliquait Edouard Durand, ex juge aux affaires familiales au tribunal de Bobigny, lors des 9èmes Rencontres  » Femmes du monde en Seine-Saint-Denis. Se battre contre les violences faites aux femmes «  (le 19 novembre dernier à la Bourse du travail de Bobigny). Il publie ce mois-ci Violences conjugales et parentalité (L’Harmattan).

Pour en savoir plus :

– Réécouter l'(excellente) émission de France Inter,  » Le téléphone sonne  » (Pierre Weill), diffusée ce soir (à 19 h 20) à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes :  » Comment combattre ces violences physiques, sexuelles et psychologiques ? Comment améliorer l’accueil, la prise en charge et la protection des victimes ? « 

 

 

Publicités