Étiquettes

, , , , , ,

5 % des femmes âgées de 15 à 35 ans souffrirait d'anorexie et de boulimie. Des troubles du comportement alimentaires dont on peut, heureusement, guérir. Crédit photo : Google Images

5 % des femmes âgées de 15 à 35 ans souffriraient d’anorexie et de boulimie. Des troubles du comportement alimentaire dont on peut, heureusement, guérir.
Crédit photo : Google Images

Dans les médias, concernant l’anorexie ou la boulimie, on entend surtout s’exprimer les  » malades actives « . Pourtant, ces troubles du comportement alimentaire peuvent se surmonter. Un processus long et parfois douloureux.

« C’est long et difficile de s’en sortir, car la privation constante de nourriture devient, au fil du temps, une addiction. » Hélène Pennacchio, 50 ans, ex-anorexique, a fondé en 1999 l’association Autrement, qui accompagne les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA). Sa lutte a duré 12 ans. « C’est un combat qui se compte en années. » Angélique, 43 ans, ancienne anorexique-boulimique, a mis, elle, 23 ans à « voir le bout du tunnel ». Pour certaines, cela peut être beaucoup moins. On a peu de données chiffrées sur les TCA, encore moins sur les taux de guérison. Le Professeur Daniel Rigaud, président d’Autrement et médecin nutritionniste, estime que « 60 % des patientes atteintes d’anorexie mentale et de boulimie s’en sortent ». Ces chiffres (issus d’une étude menée sur 500 patientes qu’il suit depuis au moins 10 ans) ont le mérite de rappeler que, oui, les anorexiques et les boulimiques peuvent guérir.

 Sortir du déni

Première étape fondamentale : la prise de conscience. « L’anorexie est une maladie de l’adolescence. Elle apparaît souvent chez des jeunes filles modèles, perfectionnistes. Dans de nombreux cas, un drame personnel – ou vécu comme tel – a pu être l’élément déclencheur » explique le Dr Alain Meunier, psychiatre-psychanalyste (1). Pour autant, il est difficile d’identifier réellement des causes. « Je parle de facteurs favorisants » affirme aussi le Pr Rigaud. Hélène, dont l’anorexie est survenue à 16 ans, après un traumatisme sexuel, a mis des années à reconnaître sa pathologie : « J’étais en souffrance et, pour la maîtriser, j’ai commencé à restreindre ma nourriture. Pouvoir contrôler à ce point mon corps a provoqué chez moi un sentiment de toute puissance, à un moment où j’avais justement l’impression que tout m’échappait. » Cette période de « lune de miel », comme la nomme le Dr Meunier, peut être longue et retarder l’acceptation de la maladie. C’est là que se joue sans doute l’importance du « déclic », terme qui revient dans la bouche de nombreuses ex-malades. Pour Hélène, c’est le fait d’avoir revu son oncle, des années après son traumatisme : « J’ai enfin compris d’où me venait toute cette souffrance. » Pour d’autres, cela peut-être la phrase d’un proche qui va, à un moment donné, faire sens. Un événement positif peut jouer aussi. « C’est quand j’ai su que j’étais enceinte que le constat s’est imposé à moi : j’étais condamnée à guérir ! » confie Angélique, aujourd’hui mère de 3 enfants.

 Engager une thérapie et sortir du silence

 « Il faut un travail à 3 niveaux : une thérapie nutritionnelle avec une diététicienne ; une thérapie cognitivo-comportementale pour lutter contre les crises, vomissements ou compulsions, et une psychothérapie » préconise le Pr Rigaud. A La Note Bleue, l’association fondée par le Dr Meunier, un travail est mené aussi avec une psychomotricienne « pour faire retrouver à l’anorexique une image objective de son corps. » L’association organise également des « Journées thérapeutiques » pour enseigner des techniques mentales, comme la méditation intérieure ou l’auto-hypnose. « Celles-ci sont efficaces pour lutter contre l’envahissement des obsessions alimentaires » analyse le Dr Meunier. Pour Dominique Vignaud, présidente de l’association d’entraide Enfine, l’intérêt de ces prises en charge réside aussi dans le fait qu’elles « rompent l’isolement et libèrent la parole ».« J’ai réalisé que des symptômes que je vivais de façon honteuse, comme les vomissements, étaient en fait partagés par d’autres », témoigne Marie, 29 ans, ancienne anorexique-boulimique.

 Retrouver un rapport sain à l’aliment

Le premier signe d’un mieux-être est la reprise d’un poids normal. Mais là n’est pas l’essentiel. « L’important est de se réconcilier avec la nourriture, de manger sans que cela ne soit plus une angoisse » explique Hélène. Viennent alors la resocialisation, la capacité à refaire des projets de vie. L’apprentissage d’un nouveau lien amoureux est souvent une marche vers la guérison. « Être tombée amoureuse d’un garçon et retrouver de la confiance en moi m’a remise dans la vie » confie Marie. Pour Hélène, c’est d’être allée jusqu’au bout de sa psychothérapie qui lui a permis de se dire guérie : « J’ai travaillé de longues années sur la racine de mon mal et creusé d’autres zones d’ombre. Je suis immunisée aujourd’hui. »

Environ 5 % de la population féminine âgée de 15 à 35 ans souffriraient d’anorexie et de boulimie, selon l’association Autrement. C’est dire la nécessité pour les malades d’entrer dans un parcours de soins. Pour renouer avec l’appétit de la vie.

(1) Il a co-écrit, entre autres, L’anorexie, sortir du tunnel (La Martinière, 2003)

En savoir plus :

– 100 idées pour se sortir d’un trouble alimentaire du Pr Daniel Rigaud (éditions Tom Pousse, 2012)

– Article à lire aussi sur www.lepoint.fr 

Publicités