Étiquettes

, , , ,

Le livre qui dénonce, avec de nombreux témoignages à l'appui, la loi du silence dans l'armée (éditions Causette - Les Arènes) Crédit photo : Google Images.

Le livre par lequel le scandale est arrivé (éditions Causette – Les Arènes) Crédit photo : Google Images.

Fin février dernier, la publication du livre des journalistes Leïla Minano et Julia Pascual, La Guerre invisible, Révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française (éditions Les Arènes et Causette), avait fait l’effet d’un pavé dans la mare. Et pour cause : l’ouvrage dénonçait, témoignages à l’appui, les violences sexuelles dans les régiments, forçant la hiérarchie à réagir et à mettre fin à la loi du silence. A peine le livre sorti en librairie, le Ministère de la défense annonçait avoir déclenché une enquête interne sur le sujet. Deux mois après, Jean-Yves Le Drian annonce une série de mesures pour accompagner les femmes victimes. Le plan d’action présenté le 15 avril 2014 vise  » à conforter la féminisation de nos forces et à lutter contre toutes formes de harcèlement, de discrimination et de violence faites aux femmes dans nos armées « , a-t-il expliqué. Promettant la  » tolérance zéro « .

Une cellule spécialisée et indépendante, baptisée Thémis, devrait être mise en place rapidement pour aider les victimes à s’exprimer et à lancer des procédures pour sanctionner leurs harceleurs. L’accent sera ensuite mis sur la prévention. Elle sera renforcée  » pour mieux gérer le cadre de la mixité  » dans les armées. Le ministre a également prôné  » une plus grande transparence, avec une remontée des faits et une analyse statistique annuelle, publique « . Car l’institution militaire ne dispose, de fait, d’aucun outil statistique pour mesurer le problème. Seuls 39 cas seraient recensés officiellement, parmi 196 000 militaires… 

Ensuite, la chaîne des sanctions à l’encontre des auteurs de violences et de harcèlement, qui peuvent aller de l’inscription au dossier à la radiation, sera par ailleurs  » clarifiée « . Une mesure qui semble indispensable, car jusqu’ici, c’est l’omerta qui semblait régner. Pour l’Adefdromil (l’association de défense des droits des militaires), le phénomène des violences sexuelles sur les femmes militaires est aujourd’hui largement étouffé.  » Dans l’armée, tout repose sur le chef, et l’on accepte pas de voix divergente « , expliquait le président de l’association, Jacques Bessy, à Libération le 12 mars dernier.  » Et dans l’écrasante majorité des cas, on choisit donc de muter la femme par qui le scandale est arrivé. » La mutation ou la mise au placard. Ce sont les sorts réservés à celles qui osent briser la loi du silence.  » Alors que l’armée française s’honore d’être l’une des plus féminisées d’Europe, avec 15 % d’engagées, elle continue néanmoins d’entretenir un silence épais au sujet des agressions sexuelles commises dans ses rangs « , analyse Leïla Minano.  » Ce silence est d’abord propre à l’institution elle-même, très hiérarchisée. Ensuite, joue un autre facteur : les femmes victimes s’autocensurent par peur de représailles. Et ces peurs sont fondées. «  (lire, dans Libération, le témoignage de « Léa », violée par son adjudant plusieurs fois : après s’être confiée à un médecin militaire, elle a été déclarée inapte puis radiée)

L’autre volet du projet de Le Drian vise à améliorer la promotion des femmes dans leurs carrières militaires. Par exemple, d’ici 2017, trois femmes officiers embarqueront pour la première fois dans un sous-marin nucléaire lanceur d’engins.  » Tout un symbole «  pour Jean-Yves Le Drian.

Enfin, et la mesure est de taille, le ministre a décidé de modifier le Code de la Défense qui régit la vie des militaires. Car le harcèlement sexuel n’y figure pas. De part cette absence de dispositions, les militaires sont la seule catégorie socioprofessionnelle à ne pas pouvoir se défendre aux Prud’Hommes ou devant le tribunal administratif en cas de harcèlement. Mais peut-être plus pour longtemps.

Pour en savoir plus :

– Une victime de harcèlement témoigne :

 

 » Il y a eu une enquête interne, mais les loups ne se mangent pas entre eux «  : lire le témoignage du capitaine Carole accordé à Libération (15 avril 2014)

 » Il y a une volonté de dissimulation «  : lire l’entretien réalisé avec les journalistes Leïla Minano et Julia Pascual (20 Minutes, 28 février 2014).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicités